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19 avril 2017 3 19 /04 /avril /2017 13:49
© S. Fenoulière

© S. Fenoulière

Le kayak

 

 

« Il y aurait un volume à écrire sur ces merveilleuses embarcations que tout le monde connaît; ayant depuis des siècles, atteint la perfection, elles n'ont subi aucune modification importante. Grâce à l'éducation donnée dès le plus jeune âge, et surtout à l'hérédité, les indigènes deviennent de véritables « hommes bateaux ».'

 

Si les esquimaux ont adopté les armes à feu, ils conservent cependant sur leurs kayaks les armes primitives qu'ils fabriquent eux-mêmes, et continuent à les utiliser. Cette fidélité aux habitudes séculaires qui s'étend à tous les actes de la vie est un gage de sécurité entretenu par le Danemark. Les indigènes profitent du progrès, mais si les glaces pendant une ou même plusieurs années empêchaient le ravitaillement, la colonie ne courrait aucun danger.

 

L'habileté des esquimaux dans leurs kayaks est étonnante. Nous fûmes surtout intéressés par le redressement de l'embarcation chavirée; l'homme, les jambes passées sous l'avant-pont, fixé par un anorak ficelé au trou .par lequel il pénétrait, faisait corps avec son bateau; à peine, le fond plat s'était-il montré que l'esquimau se retrouvait d'aplomb ayant souvent fait sous l'eau un tour complet; il nous prouva qu'il n'avait même pas besoin de sa pagaie pour réussir;

 

Aucune loi mécanique ne peut expliquer cette acrobatie; elle est d'autant plus déconcertante qu'elle doit forcément être accomplie dès la première fois. Les kayaks sont très volages; le chavirement ne constitue pas un accident, tout esquimau doit savoir' se redresser en naissant. Il arrive, paraît-il, que les indigènes soient atteints de la phobie subite du kayak; les hommes les plus habiles et les plus courageux ne seraient pas à l'abri de cette maladie. » J.B. Charcot

© S. Fenoulière

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Le Pourquoi-pas ? à Port Andrup, août 1926.

Reproduction partielle d’une aquarelle par P. Le Conte, photographiée avec l’aimable autorisation de Monsieur Jean-Charles Arnault.

Ancien Musée Maritime Chantereyne, Quai Pierre Le Conte, Tourlaville.

L’esquimau étant attaché de façon hermétique à son kayak, il ne peut le quitter en mer. S’il chavire, il doit se redresser sous peine de mort. Le jeune esquimau doit réussir l’esquimautage du premier coup. Laissons Charcot, lui-même, faire le commentaire, de cette aquarelle :

« Vers une heure et demie du matin, un spectacle unique vint égayer notre lourde tâche : six kayaks arrivaient à nous, se faufilant avec une adresse et une dextérité extraordinaires entre les glaces. Tout en continuant notre route, nous en hissâmes un à bord, en suivant les indications de Mikkelsen. Le procédé est des plus simples : deux bouts de filin, munis d’un nœud d’agui, sont passés sous l’avant et l’arrière de la frêle embarcation ; un troisième est envoyé à l’homme qui la monte ; tandis que l’on hisse le kayak par ses deux extrémités, l’esquimau, sans sortir de son trou, se paumoie en suivant l’ascension, jusqu’au pont du navire. »

J. B. Charcot, La mer du Groenland, janvier 1929.

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18 avril 2017 2 18 /04 /avril /2017 13:04
© S. Fenoulière

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Lavis représentant le Gustav Holm, à gauche, et le Pourquoi-pas ?, à droite, à Rosenving.

Seconde croisière au Groenland, août 1926. (Reproduit au catalogue de l’hommage national à Charcot et à son équipage, 1986). N° 210.

"

Le prélèvement de fossiles à la terre de Jameson n’était pas le seul but de la campagne car Charcot écrit : « Je voyais… un intérêt considérable, ne fût-ce que pour la réputation de notre pays, à ce que le premier bateau étranger venant de visiter le premier essai de colonisation sur la côte orientale soit un navire français. »

En demandant l’autorisation au gouvernement danois de nous rendre à la Terre de Jameson, je « fus avisé que « le « Gustav Holm », se rendrait au Scoresby Sund pour ravitailler ou secourir la colonie, nous convînmes d'agir d'accord. Ayant offert au gouvernement norvégien de venir en aide aux météorologistes de Jan-Mayen, je me chargeai pour eux de dix caisses de vivres et de matériel.

Je n'hésitai pas à entreprendre cette croisière, bien que je me trouvasse handicapé par la stricte limite à six semaines qui lui était assignée, alors que je devais envisager la possibilité d'un séjour forcé d'une ou plusieurs…années.

Le « Pourquoi-Pas ? » appareilla de Cherbourg le 17 juillet [1926] et fit escale à Stornoway, dans les Hébrides…

Vingt-quatre heures après, nous arrivions à Thorsavn dont la rade est maintenant protégée par une digue ; ce travail est d'autant plus remarquable qu'il fut accompli avec des moyens précaires. Nous y avons embarqué le capitaine Elnar Mikkelsen qui nous attendait impatiemment. Son secrétaire, l'étudiant Ebbe Münck, nous accompagnait depuis Cherbourg ; vigoureux, plein d'entrain et de gaîté, il avait en peu de jours conquis la sympathie de l'équipage et de l’Etat-Major, il en fut de même pour Mikkelsen. Au Fuglefjord, nous fîmes notre plein d'eau. Poussés par un bon vent, la traversée sous voiles et vapeur, parfois même avec la voilure seule, s'effectua à 9 nœuds de vitesse jusqu'à Jan-Mayen.

En cours de route nous entrâmes en communication radiotélégraphique avec le «Gustav Holm». Ce contact ne devait cesser qu'au retour des deux bateaux en Islande. Ce navire nous apprit que, contrarié par le temps, il devait charbonner à Seydisfjord sur la côte Est d'Islande. Cette obligation entraînait un grand retard. Or, il m'avait semblé qu'on nourrissait, au Danemark, le grand désir de voir ce navire arriver le premier à destination.

Il m'eût été facile, avec ma machine plus puissante et une voilure plus efficace, de devancer le «Gustav Holm » ; par une courtoisie toute naturelle je préférai m'en abstenir et régler notre travail en conséquence. Mikkelsen, au contraire, impatient de voir ce qui était advenu de sa colonie, me pressait ; je cherchai amicalement à calmer son ardeur ; je lui fis comprendre qu'une mauvaise nouvelle est toujours trop vite apprise ; par contre, si, comme nous l'espérions, tout avait bien marché, il valait mieux que le succès fût d'abord constaté par un autre que lui-même. Il me remercia plus tard de ma décision. » J. B. Charcot.

Le Capitaine Mikkelsen avait été chargé par le gouvernement danois de diriger la réimplantation d’Esquimaux à Rosenving. Le Pourquoi-pas ? y jetait l’ancre neuf heures après le Gustav Holm.

 

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12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 16:20

C'est le premier voyage à Rosenvinge.

« Nous parlions à peine, et la machine, mise en marche pour nous maintenir dans le voisinage de notre point de repère, tournait sans bruit; navires et hommes se sentaient si petits!

-A quatre heures du.matin, quelques hauts sommets surgirent au-dessus de la brume; le voile se déchira, la cathédrale se réveillant, étincela comme un immense diamant et sous un ciel radieux, apparut une côte de montagnes, roses et or, couronnées de neiges éternelles se déversant en glaciers chaotiques. Le Groenland avait tenu à se révéler brusquement, orné de ses plus beaux atours.

Le navire ayant été dépallé dans le Sud par le courant polaire, le cap Brewster, promontoire septentrional du Scoresby Sund, était à une dizaine de milles au N. W.

Ayant franchi quelques glaces serrées, nous gagnâmes un chenal d'eau libre le long de terre où nous draguâmes, sondâmes et recueillîmes des températures et échantillons d'eau de mer. Une théorie de grands ice-bergs, vraisemblablement échoués, prolongeaient le cap que nous devions doubler. » (J.C.)

© S. Fenoulière

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"Les grands floes épais mis en liberté sont usés par la friction, rongés par les mouvements de la mer et par le dégel; ils constituent fréquemment des masses aux formes bizarres et élégantes d'une glace bleue-verdâtre très dure.

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6 avril 2017 4 06 /04 /avril /2017 10:16
La Recherche arrive au Groenland

La Recherche arrive au Groenland

Lithographie extraite du rapport de la mission de La Recherche. Dessin de Cornulier, lithographié par Meyer, extrait du rapport de la mission de la corvette. Service historique des armées, Cherbourg.

La corvette ramena à Cherbourg l'une des collections eskimo les plus anciennes de France, à savoir un traîneau, un kayak, l'équipement complet d'un eskimo, vêtements et armes. Elle est actuellement exposée au musée d'ethnographie et d'histoire naturelle du parc Emmanuel Liais.

Et Charcot,Président de la Société des sciences de Cherbourg, connaissait bien cette collection.

Comme de nombreux savants du XIX e siècle, Charcot s’indignait que l’on eut fait si peu pour retrouver trace de l’expédition de la Lilloise, commandée par Jules de Blosseville.

 

Afin de nous rendre compte des difficultés de navigation que La Lilloise, La Bordelaise ou La Recherche pouvaient rencontrer lors de leurs missions, nous emprunterons à Charcot la description rapide d'un navire polaire.

« On confond trop souvent ces navires avec les brise-glace », nous dit-il, dans La Mer du Groenland. Le navire polaire n'est pas conçu pour ouvrir une route dans la glace compacte. Sa coque est étudiée pour s'introduire entre les blocs, appelés floes et pour les repousser. Il est parfois nécessaire que le navire monte sur la glace avec son étrave arrondie, ce qui implique une coque très renforcée à l'avant et à la hauteur de la flottaison, où l'on applique un soufflage fait de planches épaisses, dont la fonction est de protéger la coque. Le Pourquoi-pas ? était construit d'après l'expérience acquise par les baleiniers, mais aussi par les explorateurs Nordenskjold avec La Véga, Gerlache avec La Belgica, Scott avec Discovery et Charcot lui-même avec Le Français.

Malgré sa construction solide, le Pourquoi-pas ? eut à souffrir des chocs contre les éperons sous-marins, bien qu'il possédât une machine lui permettant de ralentir sa course au maximum en battant en arrière quand un danger se présentait."

Nos bricks et la corvette n'ayant jamais été conçus pour affronter les glaces et leur seul moteur étant le vent, on peut imaginer la difficulté de manœuvrer entre les glaces et les éperons rocheux sous-marins.

 

La Lilloise et la Bordelaise

 

La Lilloise n'avait rien d'un navire polaire. Les transformations faites par l'arsenal de Cherbourg sur La Bordelaise, brick chargé de remplacer La Lilloise après sa disparition corps et biens et d'en rechercher des traces éventuelles, nous donnent une idée assez précise de ce qu'il convient d'appeler le "bricolage" que ces bateaux, ancêtres du Français et du Pourquoi- pas ? subissaient.

La canonnière brig La Bordelaise lancée à Cherbourg le 19 juin 1824 en même temps que La Champenoise avait un tirant d'eau moyen de 2,06 mètres. On la fit revenir à Cherbourg le 28 mars 1834, où elle subit les travaux censés la rendre apte à sa mission : on se contenta en fait d’établir un doublage en bois au dessus et au dessous de la flottaison "pour limiter les chocs des glaces", on installa des soutes à charbon, pour le chauffage et le travail de forge et l'on réduisit la mâture supérieure.

Il est évident que ces quelques changements ne renforçaient en rien la structure interne du navire. Charcot décida, lui aussi, d’une mâture réduite sur le Français, mais ce dernier possédait une machine, qui devait lui permettre de battre en arrière en cas de besoin. Notons que la Recherche a une voilure non fractionnée et que les voiles carrées inférieures sont pratiquement ferlées.

 

La Recherche

 

En 1822, le capitaine baleinier anglais William Scoresby parvint à atteindre la côte Est du Groenland jusqu'à 73°30’ de latitude puis il redescendit vers le Sud jusqu'au fjord qui porte aujourd'hui le nom de Scoresby Sund et dut s'éloigner de la côte à cause des glaces à 69°35 de latitude. C'est cette région que Jules de Blosseville allait explorer à bord de La Lilloise. Son brick fut armé à Rochefort et quitta Dunkerque pour le Nord au printemps de 1833. Au lieu de poursuivre vers l'Islande, Blosseville décida d'infléchir sa route vers le nord-ouest. Le 29 juillet et les jours suivants, Blosseville releva un certain nombre de points remarquables situés sur la côte Est du Groenland, entre 68°34 et 68°55 de latitude nord, terre que les Danois ont appelé Terre de Blosseville. Il revint en Islande, d'où il envoya un rapport en France et décida de repartir, au milieu du mois d'août, afin d'essayer de parfaire son entreprise. Peut-être la saison était-elle déjà trop avancée, mais on ne revit jamais ni le navire ni son équipage.

La Bordelaise quitta Cherbourg le 7 avril 1834, chargée de porter assistance aux pêcheurs d'Islande et de rechercher J. de Blosseville et son navire. Le Commandant Dutaillis dut limiter ses recherches aux côtes d'Islande et le brick rentra à Cherbourg le 22 septembre 1834 sans avoir trouvé quoi que ce soit et sans avoir pénétré dans les glaces.

L'opinion publique s'émut car des explorateurs et des savants comme Sir James Ross et Arago intervinrent publiquement pour affirmer que l'on pouvait survivre dans les régions polaires. On prépara donc une robuste corvette, Le Pourvoyeur, rebaptisée La Recherche et placée sous le commandement du Capitaine de Vaisseau Tréhouart, auquel était adjoint un état-major scientifique qui rapporta une moisson extraordinaire de documents de toutes sortes, y compris un ensemble composé d’un kayak, un traîneau et l’équipement complet de l’Esquimau pour la chasse, conservé au musée d’ethnographie de Cherbourg. En l'absence à bord de spécialistes des glaces, Tréhouart ne pénétra pas dans celles-ci. Il longea la côte jusqu'à Frederichshaben, au sud-ouest du Groenland, dans la partie la mieux connue et la seule alors habitée de cette île. Pas plus que La Bordelaise, La Recherche ne put trouver le moindre indice.

brick français, début du XIX ème, d'après legs Bretocq, Service historique des Armées, Cherbourg.

brick français, début du XIX ème, d'après legs Bretocq, Service historique des Armées, Cherbourg.

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27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 13:32

1925-1928 le Groenland

 

Chaque année, depuis 1925, le Pourquoi-pas ? se rendit au Groenland, en particulier en soutien des expéditions Paul-Emile Victor, jusqu'à sa disparition tragique. Mais Charcot ayant publié La mer du Groenland en 1929 et Pierre Le Conte ayant cessé de participer aux expéditions après celle de 1928, les illustrations par ce dernier cessèrent.

 

Le Groenland n’est pas si loin de Jan-Mayen et il est évident que visiter les glaces « démangeait » Charcot. Il n’eut pas besoin de se forcer beaucoup pour prendre la route de l’Arctique. Le Pourquoi-pas ? était en mission à Jan-Mayen et Charcot rendait visite au personnel norvégien de la station de TSF. Voici, raconté par lui-même, comment l’occasion se présenta, accidentellement.

 

« Le jour continu et un beau temps exceptionnel nous permirent de poursuivre un travail intensif à la mer et d'effectuer des débarquements en différents points de Jan-Mayen.

Vingt-quatre heures après, notre programme étant rempli nous revenions à la station. Les communications avec la terre furent cette fois très faciles et, pendant une douzaine d'heures, Chevallier put continuer sa série d'observations magnétiques.

Pendant ce temps, nous bavardions avec les Norvégiens, et même dans ce coin perdu du monde, les potins marchaient grand train.

C'est ainsi que j'appris qu'une expédition danoise commandée par Bjerring-Petersen, se trouvait depuis un an sur la côte Est du Groenland, à l'entrée du Scoresby Sund. Cette expédition dont le but était à la fois scientifique et colonisateur possédait un poste récepteur. Et Jan-Mayen, le 1er et le 15 de chaque mois, transmettait à 6 heures des nouvelles envoyées de Copenhague. Bien que ne pouvant recevoir aucune réponse, par une sorte de pressentiment, les Norvégiens étaient inquiets.

Mes instructions formelles n'autorisaient pas une visite au Groenland; mais, il est traditionnel dans la .Marine française qu'un Commandant peut transgresser les ordres et courir tous les risques pour secourir des vies en danger. Considérant que le « Pourquoi' pas?» était en état de naviguer dans les glaces et persuadé que je ne serais pas désavoué par le Ministère, je décidai à la grande joie de l'équipage et de mes camarades, d'aller offrir nos services aux Danois. »

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22 mars 2017 3 22 /03 /mars /2017 16:20

Après sa brève incursion en Méditerranée, on retrouve le bateau en Atlantique-nord.C'est la dernière croisière, depuis la fin de la guerre, avant que le Pourquoi-pas? retrouve son rôle de navire polaire. Mais les Féroés sont sur la route du Groenland, on le retrouvera donc assez régulièrement faisant escale dans cette région.

© S. Fenoulière

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Lille Dimon

Aquarelle de P. Le Conte, sur papier à lettre du bord, orné de la vignette Pourquoi-pas ?

© S. Fenoulière

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Loch Carloway, croisière de 1926. Aquarelle de P. Le Conte.

Après avoir fait escale à Stornoway, et le plein de charbon terminé en quelques heures, le Pourquoi-pas ? mit le cap sur les Féroë. « Un coup de vent nous obligea à relâcher une demi-journée dans le loch Carloway que j'avais fréquenté pendant la guerre ». J. B. Charcot.

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25 février 2017 6 25 /02 /février /2017 17:27
© S. Fenoulière

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Cette campagne du Pourquoi-pas ? dans le Golfe de Gabès est certainement la moins connue.

C’est la plus étrange des campagnes du Pourquoi-pas ?, parce que l’on n’attendait pas un tel bateau dans la Méditerranée. En 1923, la campagne mène le navire dans le Golfe de Gabès. A la demande de la Conférence Internationale, Charcot va étudier la pêche au thon. Il en profite pour étudier la géologie des îles Linosa, Pantellaria, Lampedusa, Habidos, Rachgoun, Alboran et le plateau des Esquerquis et des Sorelles.

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Sur le quai, quiétude orientale. Cette série de croquis, comportant des marques de correction à apporter, sont des rares témoignages visuels de cette croisière.

© S. Fenoulière

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Méditation orientale.

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Que peut-il leur raconter, avec son cimeterre à la main ?

© S. Fenoulière

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Rue des Armuriers.

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Croisière de 1923, non située.

© S. Fenoulière

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Ce petit navire, fabriqué et « lancé » à bord du Pourquoi-Pas ? par Pierre le Conte représente un bateau malouin, peut-être La Grande Hermine, de Jacques Cartier, tel qu’on le supposait dans les années vingt. L’erreur de pavillon qu’il comporte ne le rend que plus authentique, car on a découvert postérieurement que ce drapeau de Saint-Malo est anachronique. (Remarque de Dan Lailler et Monsieur Gautier, fils).

Contenu du message : « Pierre le Conte, Imagier de la Marine, a construit et lancé ce vaisseau du XVI e siècle à bord du Pourquoi-pas ?, en Manche, Septembre 1923. »

N° 265 de l’exposition Charcot, l’aventure polaire, à Saint Malo,

au Musée national de la Marine, Paris, et à Rouen, 1986. Col. particulière, Cherbourg.

L'une des occupations dans le carré du Pourquoi-pas?

 

© S. Fenoulière

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Belle demi-coque en acajou de la goélette Pourquoi-pas ? de 99 tonneaux, avec laquelle Charcot va en Irlande, puis aux Hébrides et aux îles Féroé, où il fera des études hydrologiques, micro-biologiques et météorologiques. Fabriquée par P. Le Conte.

Autre exemple de l'activité à bord lorsque le bateau n'exigeait pas l'intervention de l'Etat-major.

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19 février 2017 7 19 /02 /février /2017 08:59
© S. Fenoulière Stornoway, Pierre Le Conte 27/6/1921

© S. Fenoulière Stornoway, Pierre Le Conte 27/6/1921

Sur la route de Rockall et des Féroës, Stornoway est la "ville la plus septentrionale de l'Ecosse où le ravitaillement est possible. Nous sommes toujours sûrs d'y trouver un accueil en apparence froid pour l'ignorant mais très chaud en réalité.Je ne puis d'ailleurs venir dans cette localité sans me souvenir avec émotion de la façon dont je fus reçu et choyé avec tout mon équipage français, lorsque l'Amirauté britannique me fit lhonneur, en 1915, de me donner le commandement d'un de ses petits croiseurs auxiliaires." J. Charcot. (N° 178 de l'exposition Charcot L'aventure polaire, 1986, Saint-Malo, Musée de la Marine, Paris, Rouen.

© S. Fenoulière. Dessin préliminaire pour bois gravés, par Pierre Le Conte (de trois).

© S. Fenoulière. Dessin préliminaire pour bois gravés, par Pierre Le Conte (de trois).

La première escale après Stornoway fut "Sudéroë, l'île la plus Sud de l'archipel des Féroë..." (J. Charcot). N° 206 de l'exposition.

© S. Fenoulière. Autre dessin préliminaire pour bois gravés, par Pierre Le Conte (de trois).

© S. Fenoulière. Autre dessin préliminaire pour bois gravés, par Pierre Le Conte (de trois).

Ces dessins, non situés de façon précise, furent produits durant l'hiver 1923, pour un tirage de bois gravés.

Dix-sept îles, tufs et basaltes en amas pyramidaux ou étrangement déchiquetés, surgissent de la mer; piliers immenses, elles supportent les brumes hautes, à moins que monolithes gigantesques, leurs sommets ne les dominent. Des chenaux les séparent; souvent étroits, ces couloirs sont parcourus par de violents courants dans un sens ou dans l'autre..." (J. Charcot).

N° 206 de l'exposition.

© S. Fenoulière. Bois gravé, par Pierre Le Conte, numéroté 7/40 et signé.

© S. Fenoulière. Bois gravé, par Pierre Le Conte, numéroté 7/40 et signé.

Ce bois gravé est collé dans La mer du Groenland, édition originale. Noter que ce bois gravé est inversé par rapport au dessin préparatoire, gravé sur le bois.

"Je ne pouvais en vieil habitué de cet archipel danois résister au désir de le faire connaître, ne fût-ce que superficiellement, à mes collaborateurs, et nous fîmes quelques escales aux sites les plus curieux", nous dit Charcot, sans les nommer. N° 206 de l'exposition.

© S. Fenoulière. Sortie du passage ou fjord, par Pierre Le Conte. N° 205 de l'exposition.

© S. Fenoulière. Sortie du passage ou fjord, par Pierre Le Conte. N° 205 de l'exposition.

© S. Fenoulière. Glengariff,, par Pierre Le Conte. N° 199 de l'exposition.

© S. Fenoulière. Glengariff,, par Pierre Le Conte. N° 199 de l'exposition.

La tempête secouant fortement le bateau, le Pourquoi-pas? gagne l'abri de Glengariff, qu'il fréquentera plusieurs fois.

 

 

© S. Fenoulière. Pierre Le Conte, 23/7/1923.

© S. Fenoulière. Pierre Le Conte, 23/7/1923.

Le 23 juillet, le Pourquoi-pas? faisait son "plein d'eau douce directement à la cascade de Westmanhavn puis poursuivait vers Jan-Mayen.

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8 février 2017 3 08 /02 /février /2017 13:30
Rockall, dessin de Pierre Le Conte, publié dans La mer du Groenland

Rockall, dessin de Pierre Le Conte, publié dans La mer du Groenland

Avant de retrouver les glaces en 1925, le Pourquoi-pas ? était utilisé par le Muséum et par l’Office des pêches pour effectuer des sondages en Atlantique, en Manche et en Mer du Nord. Rockall est un « casque à pointe coupé en deux » (J. B. Charcot) de 21 mètres de diamètre et la circonférence de sa base mesure environ cent mètres. Il ressemble, disait Pierre Le Conte, à « une meule de foin ». La fiente des oiseaux de mer qui recouvre le rocher le faisait ressembler, de loin et par mauvaise visibilité, à un navire sous voiles, ce qui causa la perte d’un certain nombre de bateaux, dont le paquebot danois Norge en 1904, qui sombra avec 724 émigrants et son équipage se sacrifia pour essayer de sauver les passagers.

Sur le rocher particulièrement difficile d’accès, le Professeur Lacroix souhaitait obtenir des échantillons, car, en 1810, il avait été prélevé par un matelot de l’Endymion et en 1863, par Johns, marin à bord de Porcupine, des fragment qui montraient une roche très particulière, provenant d’une « veine gris clair ». Le débarquement sur Rockall prouva que l’on n’avait prélevé qu’une partie de cette inclusion plus tendre, dans le granit du rocher. Le 29 juin 1921, une baleinière, commandée par de Tournemire et un canot, sous les ordres de Charcot, furent armés. Les matelots Moussard et Le François se portèrent volontaires pour tenter de débarquer sur l’îlot. Ils réussirent à prélever, non sans mal, une certaine quantité de roche dure. Ils placèrent une bouteille cachetée dans une anfractuosité du rocher et regagnèrent la baleinière.

Deux jours plus tard, le Pourquoi-pas ? revint et l’on décida de débarquer à nouveau, pour prélever des échantillons dans la veine particulière. La «compagnie de débarquement » fut constituée du gabier Bonichon, clown dans un cirque, dans le civil, et de Pierre Le Conte. Outre les pierres, on préleva également des algues. Notre artiste « prit un nombre considérable de croquis et d’aquarelles » et releva, avec l’aide de M. Hamel, le naturaliste, des détails sur l’emplacement occupé par les oiseaux, le rocher, les algues… La photo couleur n'existant pas, Pierre le Conte fit de nombreux croquis et aquarelles de ces divers éléments, peut-être conservés dans les archives du Museum?

© S. Fenoulière

© S. Fenoulière

Petite aquarelle par Pierre le Conte, à bord du Pourquoi-Pas ? Croisière de 1921.

Le rocher, à l’arrière plan, est Rockall, bien connu des Vikings, qui fait l’objet d’une étude particulière, lors de cette campagne, pour déterminer la nature exacte de la roche.

 

La citation s’applique tout aussi bien au Pourquoi-pas ? qu’à l’esnèque. On avait conscience, à bord, d’être sur l’un des maillons d’une longue chaîne de navires de découverte et d’exploration des océans.

Il est clairement dit par Charcot que les Vikings ne pouvaient pas ne pas être allés en Amérique. Au moment où Pierre Le Conte peignait en mer cette petite aquarelle, la recherche sur les Vikings progressait à pas de géant depuis 1880, grâce à la découverte du snekkar de Gokstad, suivie en 1893 de celui d’Oseberg. Ces recherches étaient loin d’être achevées, puisqu’en 1928, on découvrait un bateau à Tuna, en Suède, et un bateau pré-viking à Galtabaek.

On sait que Charcot et Pierre Le Conte étaient particulièrement intéressés par la culture des Vikings. Cette illustration prouve qu’elle faisait manifestement partie des conversations de l’état-major, dans le carré du Pourquoi-pas ?, croisant dans les eaux de la Mer du Nord en 1921, sur les traces mêmes de nos célèbres ancêtres.

Rockall, autre dessin de Pierre Le Conte, publié dans La mer du Groenland

Rockall, autre dessin de Pierre Le Conte, publié dans La mer du Groenland

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30 janvier 2017 1 30 /01 /janvier /2017 17:19

Textes et illustrations non tombés dans le domaine public sont sous copyright. Leur reproduction est strictement interdite.

© S. Fenoulière

Le quinze août 1908, le Pourquoi-pas entamait sa première croisière et quittait Le Havre pour hiverner en Antarctique, afin de poursuivre les études commencées à bord du Français, dans la partie située au sud de l’Amérique. Sans l’insistance de Charcot pour que la France réaffirmât ses droits sur la Terre Adélie, serions-nous, à l’heure actuelle, en mesure d’étudier sérieusement les profonds changements climatiques qui nous menacent ?

© S. Fenoulière Vignette créée par Pierre Le Conte, pour le courrier à bord du Pourquoi-Pas?

© S. Fenoulière Vignette créée par Pierre Le Conte, pour le courrier à bord du Pourquoi-Pas?

Il serait aussi anormal d’oublier que si Charcot fut le dernier marin découvreur de terres dans l’Antarctique, il joua un rôle extrêmement important non seulement dans la connaissance des régions polaires mais également dans l’étude de la mer car le Pourquoi-pas ? fut autant, sinon plus, un navire hydrographique qu’un navire polaire, ouvrant la voie à de nombreux chercheurs travaillant dans le cadre de l’Ifremer, de l’Institut Paul-Emile Victor, des câbles téléphoniques sous-marins, de la recherche pétrolière ou de la Marine nationale... Le bateau ne retrouva les glaces du Groenland que de façon accidentelle, en 1925. Charcot, informé par une équipe de scientifiques norvégiens travaillant à Jan Mayen, décida d’aller porter secours au Groenland à des scientifiques danois préparant la réinstallation d’Esquimaux.

Charcot, photo anonyme.

Charcot, photo anonyme.

Pierre Le Conte

 

L’œuvre peint de Pierre Le Conte, Peintre Officiel de la Marine depuis le 23 juillet 1945, reste assez peu connu, si ce n’est les quelques aquarelles et dessins reproduits ici et exposés à Saint Malo, au Musée national de la Marine au Palais de Chaillot, et à Rouen, en 1986, et quelques ouvrages publiés localement à Cherbourg, dont celui de Céline Guénolé, Pierre Le Conte, Peintre & Imagier de la Marine, Editions Isoète, très illustré, et une plaquette publiée à compte d’auteur par Monsieur Jean-Charles Arnault, Président fondateur du musée Chantereyne, Quai Pierre Le Conte, à Tourlaville.

Ami de Charcot, Pierre Le Conte participa de manière très active aux croisières du Pourquoi-pas ? de 1921 à 1928, non seulement comme peintre mais aussi comme géologue, reporter, illustrateur fiable pour le compte des scientifiques, membres de la mission, car la photo couleur n’existait pas, et même casse-cou sautant sur Rockall dans des conditions acrobatiques pour compléter la collection d’échantillons de toutes sortes...

On lui connaît peu de peintures à l’huile, mais il affectionnait manifestement l’aquarelle, les dessins à l’encre et les bois gravés. Refusé à l’Ecole Navale pour raison de santé, il consacra pourtant sa vie, comme imagier, à illustrer la marine, et même la vie à l’Ecole Navale, pour laquelle il créa, sans rancune, une plaquette. Toutes ces œuvres sont des tirages très limités, qu’il imprimait lui-même sur une ancienne presse à bras, achetée d’occasion. Ces petites plaquettes montrent non seulement la « patte » et l’humour de l’artiste, elles sont aussi l’œuvre d’un véritable historien de la marine, qui collabora à de nombreuses revues maritimes et journaux nationaux, aussi bien que locaux.

Pierre Le Conte (La mer du Groenland)

Pierre Le Conte (La mer du Groenland)

Pierre Le Conte, à genoux, recueillant des fossiles à la terre de Jameson, en 1925.

Le groupe était composé de M.M. Bailly, géologue, Idrac, Chavallier, Le Conte, Charcot, qui prenait la photo, et du matelot Moussard, « aide-géologue ».

© S. Fenoulière  Pierre Le Conte, autoportrait.

© S. Fenoulière Pierre Le Conte, autoportrait.

Il produisit un Répertoire des navires de guerre, travail encore inachevé lorsqu’il fut nommé Peintre de la Marine, avec le soutien de Paul Chack. Pendant la guerre, leur voie divergera, l’un vers la Résistance, pour faciliter les évasions en Angleterre, l’autre vers la collaboration. Ce répertoire est encore utilisé par la Marine pour nommer les bâtiments de la Flotte. Pierre Le Conte fut arrêté le 2 août 1941 et déporté en Allemagne un mois plus tard. On essaya de faire intervenir Marin Marie pour le libérer, mais en vain.

Pierre Le Conte rédigea et illustra quelques autres ouvrages comme le livre du cinquantième anniversaire des Ateliers et Chantiers de l’Atlantique 1881 - 1931 ou celui du Bureau Veritas. Il en illustra un certain nombre d’autres, tels Bleu Marine de Louis Guichard ou les plaquettes de Virginie Hériot, en l’honneur d’Alain Gerbault, en particulier, pour le Yacht Club de France. On connaît, également, des projets d’affiches pour les Chantiers Augustin Normand.

A son retour de captivité, Pierre Le Conte ne se remit jamais du typhus, contracté en Allemagne, et il décéda le 7 septembre 1946, sans héritiers directs. En ce centième anniversaire de la première croisière du Pourquoi-pas ? et soixante-dix ans après la disparition tragique du bateau avec son équipage, nous avons souhaité montrer à quel point le Commandant Charcot et Pierre Le Conte formaient une réelle équipe en faisant commenter les illustration de l’un par l’autre.

Contrairement aux tableaux de Marin Marie, travaillés ultérieurement en atelier, les documents présentés furent pratiquement tous faits sur place. Ils constituent non seulement une part du patrimoine maritime français mais aussi danois groenlandais. Nous avons entendu le Professeur Jean Malaurie, décédé, dire, lors de l’inauguration de l’exposition Charcot, l’aventure polaire, en 1986 à Saint-Malo, où certaines de ces œuvres furent exposées, que de plus en plus d’Esquimaux groenlandais ne pratiquaient plus le kayak et ignoraient même tout de cette part de leur culture.

 

© S. Fenoulière

© S. Fenoulière

Caricature de Pierre Le Conte par Guy Arnoux, à bord du Pourquoi-pas ?

 

Texte rédigé dans un “franglais” fantaisiste :

“The famous Admiral Pierre Le Conte quitting Guernesey and keeping the commandment of the H.M.S. Pourquoi-pas, the Nelson’s emule ; in the dangerous circonstances, we are obligationed to recoure at his eleved competence, his impeccable eye’s coup, his sens of reciff evitation and of direction."

Three cheers for P. Le Conte !”

Les deux artistes étaient ensemble à bord du Pourquoi-pas ? lors de la croisière de 1921 et Marin Marie y accomplissait son service militaire comme matelot.

 

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